Regard & idée en partage N°1

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Bordeaux – juin 2013

“L’équilibriste” du marché Saint-Michel

Aller au marché faire ses courses est une chose bien banale pour certain. Ce n’est pas le cas pour tout le monde. Ce samedi de fin juin, je me trouve à Bordeaux, ville que je ne connais pas, mais que je voulais visiter depuis mathusalems. Je n’ai pas de courses à faire, alors, je m’adonne aux plaisirs du vagabondage touristiques les mains dans les poches, je n’ai pour soucis que de flâner, admirer les étales, humer les senteurs qui se dégagent des sacs d’épices, de me rincer l’œil avec l’éclat de la brillance d’un fagot de vanille de Madagascar. De capter quelques propos qu’échangent clients et forains. De tendre l’oreille pour deviner les sonorités des langues lointaines venues visiter cette terre viticole. Sans oublier regarder les jolies filles bien sur…, De noter qu’ici les nombreux mendiants qui quémandent en langue rom sont principalement des femmes. La pauvreté m’insupporte… J’ai encore dans le nez les parfums ramassés un bref instant plus tôt aux étales des halles des Capucins, bancs d’huîtres iodées, olives gorgées de soleil et d’herbes aromatisantes, charcuteries espagnoles labellisées pata-nègra, fromages basques, piments d’Espelette d’un rouge éclatant, menthe poivrée et coriandre fraîche bio, le certificat les attestant sans pesticides est affiché comme une ordonnance gage de belle qualité, arômes des bouquets de fleurs, les odeurs fortes des étales de poissons et du camion benne garé sur le côté du marché agacent les narines. A la buvette du Lève-tôt bar du marché des Capucins l’alignement des bouteilles de Lillet doré m’impressionne, un vin doux que je ne connaissais pas. Rien que cette découverte est un poème écoute voir, son autoportrait «robe or, arômes d’oranges confites, de miel, de résine de pin, de citron vert et de menthe fraîche. Il est ample et gras au palais, il a une très belle longueur, à boire très frais», comment et qui peut résister ? Plus loin coule une grande esplanade au pied et à l’ombrelle de la flèche de la basilique de style gothique flamboyant dédiée à l’archange Saint-Michel est enveloppée dans une atmosphère aux fragrances senteur tilleul. Les nombreux arbres qui ombragent ce quartier vivant et coloré croulent sous une floraison abondante et parfumée que ventile une brise légère. Cette fin de mois de juin est presque printanière. Les effluves me renvoient directement en enfance, courant une ficelle en main où est accroché un ballon rouge, un jour de kermesse, livrant une interminable bataille de balle au prisonnier au milieu d’une cour d’école en fin d’année scolaire quand là tout est permis. Ces arbres spectaculaires fleurent bon les vacances…l’été enfin approche. Un couple joue de la musique, l’homme chapeauté d’un Borsalino manipule avec agilité un piano à bretelles, la femme suit le tempo de l’accordéon en bâtant du pied et du tambourin d’où teintent des capsules métalliques. Un collectif de photographes nommé Madame et Monsieur Toulmonde interpelle les passants « Et vous que faisiez vous le ? à 14h39 ?» Thème de leur exposition nomade qui a démarré vendredi à 14h39 pour finir ce samedi à 14h39, bien entendu. Vingt quatre heure non-stop pour donner à voir le temps qui passe. Que ne faut-il pas faire pour montrer son art. Les images sont accrochées à des potences plantées dans des caisses à vin en bois puis lestées par du sable, les “captives” s’agitent au vent odorant. Les 18 photographes questionnent notre rapport au temps. Une fiche ornée d’une horloge sans aiguilles, vous invite à dire ce que vous « Fatiez »* et à quelle heure ? Des tables se dressent de plats de couscous fumants et d’assiettes de kebabs frittes, ils se dévorent à pleine dents pour quelques euros seulement. Fin de marché les camelots emballent les invendus. Les retardataires s’activent pour ne pas rentrer bredouille. Toute cette agitation semble arrivée à son terme détrompez-vous. Par expérience je savais que de nombreuses personnes attendent cet instant où les choses basculent, cet instant où entre en scène les glaneurs. J’ai capturé cet instant avec mon smartphone. Une femme porte sous son bras droit cinq cagettes en équilibre, en quinconce, trois autres de même taille sur sa tête et une grande contenant une caisse en carton plus petite garnie de quelques fruits glanés et un melon sous son bras gauche. Laissant derrière elle le vélo-glacier, elle marche d’un pas alerte, pourquoi fait-elle ce numéro d’équilibriste à dix cagettes ?

*Fatiez veut dire ce que vous faites, le verbe fatier est une invention d’une amie qui en colère interpelle son mari et ses enfants qui tardaient à la rejoindre.

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